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Le numéro de « 24 heures à la une » du 7 février 1973.

‍Le collège Édouard-Pailleron est un établissement d'enseignement secondaire public situé au 33 rue Édouard-Pailleron dans le 19e arrondissement de Paris. Ce collège, inauguré en 1969, était contemporain du chantier de la Grand’Mare. 

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‍Cet établissement fait partie des nombreux collèges sortis de terre pendant les années 60 afin de répondre à la progression démographique galopante de l’après-guerre. L’idée de construire des habitations légères s’appuyant en grande partie sur des structures métalliques a permis de « produire » 57 collèges à travers la France. Ces établissements scolaires prendront le triste nom de « collège Pailleron » suite au terrible incendie de 1973.

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‍Le 6 février 1973, à 19h40, un incendie se déclare dans les étages. Il est provoqué par deux élèves qui, par fanfaronnade ou par vengeance envers la direction, font flamber une poubelle aspergée de deux litres de white-spirit. Ils ignorent que le collège est utilisé, ce soir-là, par le conservatoire de musique, qui donne son premier cours de solfège ainsi que pour une séance de ciné-club.

‍Outre la faible résistance au feu des matériaux utilisés; les vides multiples contenus par la structure du bâtiment constituent des « cheminées à fort tirage » selon les mots employés par les pompiers. 

‍Le bâtiment étant constitué en partie de plaques de polystyrène et de matériaux hautement inflammables, l'incendie progresse rapidement et d'épaisses fumées toxiques se forment en quantité importante. Se propageant par les faux plafonds et les cloisons, l'incendie passe du premier étage au quatrième, prenant «en tenaille» le deuxième et le troisième étages. Les escaliers de ce bâtiment se trouvent aux extrémités et en décalage un étage sur deux. Il faut parcourir toute la largeur du bâtiment pour passer d'un étage à un autre. 

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‍Durant l'incendie se trouvent au troisième étage du collège 36 personnes, élèves et enseignants du conservatoire de musique. Un professeur réussit à faire sortir des enfants sur un toit adjacent en brisant une fenêtre avec des chaises et les faisant descendre grâce à une échelle apportée par le garagiste de la rue. 

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‍Puis il retourne dans le bâtiment afin d'aider ses collègues. Il fera partie des victimes, tout comme deux professeurs de musique, la gardienne du collège, enceinte, partie prévenir les enfants, et les 16 enfants.  Ils furent retrouvés vers 22H20 par les pompiers arrivés 4 minutes après le début de l'incendie mais qui n’avaient pas pu entrer dans l'établissement déjà totalement embrasé

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Le journal télévisé du 16 mars 1973 évoquant les résultats de l’enquête.

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‍Le samedi qui suit l'incendie, le 10 février, des bulldozers commencent à dégager les gravats. Les habitants du quartier forment alors une chaîne humaine afin d'empêcher le passage des engins, souhaitant que les preuves qui pourraient servir dans une action pour condamner les responsables de cet incendie ne disparaissent pas. Des parents de victimes contactent, par l'intermédiaire de leur avocat, le juge chargé de l'enquête qui fait arrêter la destruction.

‍Les corps des victimes sont identifiés après plusieurs jours grâce aux dossiers dentaires et aux bijoux. Une chapelle ardente est dressée dans la mairie du XIXe. Les proches et voisins y défileront pendant plusieurs jours. Les obsèques sont célébrées dans les églises et la synagogue du quartier. Une stèle commémorative sera dressée à l'emplacement de la tragédie.

‍Tandis que l'association des familles de victimes cherche à mettre en cause les responsabilités de l'État, les responsables politiques insistent sur la responsabilité des jeunes élèves pyromanes. Quelques jours plus tard, les deux pyromanes seront écroués à Fresnes, inculpés, pour l'un, «[d']incendie volontaire», l'autre de complicité. 

‍Le verdict du procès de ces mineurs est rendu le 10 novembre 1977: ils sont condamnés à quatre et cinq ans de prison avec sursis; leurs parents sont reconnus civilement responsables et doivent s'acquitter d'indemnités aux familles

‍La commission d’enquête qui s’en suivra montrera que cet incendie révélait également des problèmes structurels. Cela donnera lieu à des pistes d’améliorations qui ne seront pas appliqués aux constructions Lods dont la construction s’est achevée deux ans auparavant. Les pompiers ont été surpris par la vitesse de propagation de l’incendie considéré comme «inédite»  par le capitaine des pompiers. Il ressort des éléments d’enquêtes ultérieurs, qu’au regard des moyens de lutte contre le feu disponibles à cette époque, un tel incendie est à proprement parler incontrôlable en l’état dans ce type de construction.

Mardi 1er janvier 1974: Premier incendie en Seine-Maritime


Le CES de Canteleu, en Seine-Maritime, fut construit en 1964 sur les mêmes principes que celui du CES Pailleron. Il avait bénéficié à ce titre des améliorations prescrites dans le rapport d’enquête publié en mars 1973. 


Les pompiers constatèrent que l’établissement avait une résistance au feu d'une demi-heure pour les cloisons et d'un quart d'heure pour l'ossature. Une commission municipale qui l'avait visité en mars 1973, consécutivement à l’incendie du CES Édouard-Pailleron  avait conclu à la nécessité de certains travaux afin de rendre le bâtiment conforme aux règlements de sécurité, et notamment l'encloisonnement des escaliers, l'installation d'un signal sonore à tous les niveaux, la protection des poteaux et des poutres ...

Mais le conseil d'administration de l'établissement a été saisi du dossier en octobre 1973 , à la suite d'un retard de transmission encore inexpliqué. Une polémique s’était ensuite engagée entre le maire et le rectorat de Rouen au sujet du financement des travaux. C'est pourquoi la municipalité, estimant qu'il incombait à l'État, décidait la fermeture de l'établissement pour le 3 janvier. La ville, propriétaire des locaux, avait en fait la charge de leur entretien mais également des travaux de mise en conformité. 


La proximité chronologique et géographique de cet événement eu un certain écho dans la presse régionale normande. Le fait qu’il ny ait eu aucune victime n’a pas servi d’avertissement pour les immeubles Lods rouennais.

Dimanche 23 février 1975: La Grand’Mare est touchée à son tour

Un incendie se déclare au 4ème étage du 11 rue Jean-Philippe Rameau ravageant l'ensemble du niveau concerné. 


Il apparaît qu’un fer à repasser oublié (ou une friteuse selon les versions) est à l’origine de l’incendie. Les dégats sont limités à un seul étage (ce sinistre s’étant déclaré au dernier étage, il n’a logiquement pas pu se propager aux trois autres niveaux). Toutefois les dégâts sont particulièrement impressionnants.

Les habitants de la Grand’Mare sous la houlette du comité de coordination se retournent vers l’office HLM afin de faire part de leur inquiétude.

Les locataires évoquent lors des réunions avec la commission de sécurité du récent incendie du CES de Canteleu. La commission de sécurité indique que des travaux d’isolation avaient été entrepris mais prend acte de la nécessité de mettre en place de nouveaux travaux de sécurisation contre le feu au sein des immeubles Lods.

Samedi 22 mars 1975: Une prise de conscience tardive.

Vers minuit, le soir de l’eurovision 1975, un nouvel incendie se déclare. Celui-ci est rapidement maîtrisé en raison, notamment, de la vigilance de la commission de sécurité qui travaille encore sur celui intervenu du mois précédent. La proximité des deux incendies poussera à accélérer les travaux de mise en conformité.
Fin 1975, les chaufferies sont désormais mieux isolées, des portes et des planchers coupe-feu sont installés et des trappes de désenfumage dans les cages d’escalier sont enfin mises en place..

« l'incendie s'est déclaré au 2ieme. Mégot mal éteint. Les pompiers sont arrivés très vite et seul le deuxième et un peu le 1r ont été endommagés. Pour nous au 3ieme beaucoup de suie et du grand ménage.. »

Témoignage de Mme Catherine FOSSE HELLER, habitante de la Grand’Mare.


En moins de deux ans, on comptera donc quatre incendies mineurs. C’est précisément cette dernière qualification qui, malgré la fréquence des départs de feu, a empêché les autorités d’avoir conscience des problème structurels de ces bâtiments. 

POURQUOI CES PROBLEMES D’INCENDIE ?


A l’origine, Lods, qui mène différents chantiers pour le compte de son agence, engagea trois architectes pour plancher sur l’élaboration de son procédé : Messieurs Lagneau, Weil et Dimitrijevic (qui ont obtenu le prix Reynolds pour le musée en aluminium du Havre).

Ils avaient noté les limites de l’utilisation de l’aluminium dans le cadre d’une habitation en raison de son vieillissement prématuré ainsi que pour ses propriétés calorifuge peu compatibles avec les normes de sécurité anti-incendie.


Insatisfait de leurs travaux, Marcel Lods les écarte et se retourne alors vers deux jeunes architectes : Paul Depondt et Henri Beauclair. 

Le premier, ancien élève de Lods, partage avec l’architecte sa théorie de l’industrialisaon du logement. Il consacra d’ailleurs un mémoire sur la nécessité de reconstruire des logements sociaux autrement qu’autour du baton. Il suggère la création d’un système souple avec ossatures et planchers préfabriqués, accompagné d’un système de cloisons amovibles et éléments modulés. 

Le second a suivi des cours de Miles Van der Rohe à l’Institute of Technology de Chicago, et a passé son master à l’Université d’Harvard, alors sous l’influence de Walter Gropius.  Il a intégré dans ses travaux l’architecture américaine articulée autour de la notion de structure en poutrelle.


Ces trois architectes, en avançant sur un domaine nouveau ne se sont guère penché sur la question de la résistance de ce procédé architectural contre le feu. Dans une démarche volontariste , ils n’ont pas intégré les spécialistes de la question au processus d’élaboration de ce qui deviendra le système GEAI.


À la décharge de ses protagonistes, le système GEAI a été conçu dans un cadre d’urbanisation français qui à cette époque (le permis de construction a été obtenu en 1967) n’avait guère mis à jour sa réglementation en matière de lutte contre les incendies. Il faudra en effet attendre la parution de l'arrêté du 10 septembre 1970 sur la protection des bâtiments d'habitation contre  l'incendie pour que des mesures de protection passives et actives soient intégrées dans les plans d’urbanisme. Cela signifie que dès 1970, alors que le premier immeuble fut achevé cette même année, les « verre & acier » n’étaient déjà plus conformes à la réglementation en vigueur. en  particulier vis-à-vis du risque de propagation du feu par les façades. C’était tellement patent que suite à l’incendie de 1981, la commission de sécurité effectua un rattrapage de la réglementation de 1970 alors même que cette dernière devenait obsolète (une nouvelle réglementation en 1982 puis une autre en 1985 suivirent).


Il serait toutefois faux de considérer que les immeubles étaient des « pièges à feu » comme les désignèrent la presse entre 1975 et 1981. Le cabinet Lods avait en effet imaginé un mode particulier de  protection, convenant plus particulièrement aux bâtiments en acier; à savoir la protection de la structure par des parois de séparation, par la pose de parois doubles entre les logements et la cage d’escalier. Mais tous ces dispositifs furent conçus empiriquement, à partir des mesures effectuées sur le prototype d’Aubervillers. Il aura manqué du temps, la mise en place d’une méthodologie rigoureuse pour s’assurer définitivement de l’efficacité de ces systèmes


LES PRINCIPAUX POINTS PROBLÉMATIQUES


Plusieurs éléments jouèrent un rôle d’accélérateur dans les incendies de 1975. L’incendie de 1981 subira les mêmes facteurs:


  • Le système de chauffage à air pulsé. Pour rappel, l’air vicié des appartements est extrait au niveau des salles d’eau et réchauffé par un échangeur individuel, puis pulsé latéralement au niveau des baies. Ce système provoque un phénomène de dépression qui a grandement contribué à dégrader les joints d’étanchéité de façade, a favorisé le flambement des châssis et des menuiseries intérieures. 
  • Le vide entre les cloisons. Un vide de 30cm entre les planchers et entre les cloisons a été privilégié. L’observation du prototype d’Aubervillers a fait conclure au groupement GEAI que ce vide était supérieur à l’intégration d’éléments isolants afin de réduire les déperditions phoniques et thermiques.  Or,  le manque de matériel isolant a beaucoup joué dans la rapidité de propagation du feu. Cela créé un « effet cheminée ». C’est d’ailleurs conscient de ces soucis que les offices HLM commenceront à bannir au milieu des années 80 les dispositif de vide-ordures)
  • La conception des cloisons amovibles. Celles-ci présentent une charge thermiques au niveau de la séparation intra-logements. Loin de freiner la propagation du feu, elles constituent des « points relais » qui permettent au contraire de faire repartir des foyers d’incendies.
  • Problème avec l’escalier. L’escalier central n’est pas cloisonné et ne peut servir de points d’arrêt lors d’un feu. De plus, aucun escalier de secours n’est prévu, ce qui implique pour les habitants des étages supérieurs de ne pouvoir fuir que par les fenêtres en cas d’obstruction de celui-ci.

Présence de vide dans les cloisons et les planchers permettant un effet cheminée

Absence d’une trappe de désenfumage adapté.

L’escalier central n’est 

pas encloisonné

Le système de chauffage créé un courant ascendant dans l’immeuble

L’absence de prémontoire ou autre avancée (de type balcons) implique 

que certains éléments structurels ne peuvent pas ralentir la propagation du 

feu par l’extérieur de l’immeuble. 

‍UN TYPE D’HABITATION SANS AVENIR ?

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‍Les systèmes développés pour le procédé GEAI n’ont pas été pensés en terme d’avenir. 

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‍Lods n’avait pas en effet prévu l’entretien et la restauration. Bien que fabriqués sur un modèle industriel, en série, aucun élément n’a été fabriqué en plus dans l’optique que du futur. Lods n’a en fait considéré la Grand’Mare que comme une pré-série et donc pas comme une réalisation totalement achevée Les problèmatiques de maintenances ont donc été reportées. Le système GEAI, expérimenté pour la première fois à une telle échelle à Rouen en 1968, a donc servi de second prototypage. 

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‍Cela sera confirmé par les différents experts en sécurité qui estimèrent ces habitations comme peu évolutives et ne permettant pas d’intégrer de nouveaux systèmes anti-incendie.  

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‍Un article de « Paris-Normandie » paru à la suite de la parution de l’arrêté sur la protection des bâtiments d'habitation contre l'incendie en septembre 1970 soulignèrent, non sans ironie, que les « nouveaux Lods » étaient sur ce point déjà obsolètes

‍En 1977, le bureau APTE (« APplication des Techniques d’Entreprises ») rendra son évaluation définitive sur le procédé GEAI suite aux incendies de 1973 et 1975. 

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‍Ce rapport s’inquiète de la vulnérabilité au feu que présentent ce type d’immeubles et préconise d’éviter de recourir à ce genre de construction:

‍« C’est l'aspect le plus controversé malgré certains essais favorables. Par contre les solutions seraient très acceptables si se développaient des exigences d'alarme et de détection ainsi que d'extinction, car il serait possible d'utiliser l'espace des faux-plafonds et les espaces entre cloisons ; il semble que ce soit la voie à développer dans l'avenir si l'on veut assurer la sécurité des biens et si l'on veut pallier les grandes distances des logements aux centres de secours des pompiers »

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‍L’incendie de 1981 donnera dramatiquement raison à ce constat quatre ans plus tard.

‍Vide entre appartements.

Les Lods, photographiés en 1980.