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Si le plateau des hauts du Rouen, et même la zone de la Grand’Mare dépasse largement les pavillons « Lods » comme appelés parfois, la situation des 25 plots sis dans un espace arboré, ceint par une hêtraie donnent à ce secteur une singularité qui le distingue des trois autres sous-ensembles qui composent ce territoire. Les « Lods » sont devenus symboliquement le symbole de la vie à la Grand’Mare.

Extraits de la brochure commerciale

UNE VIE


Si les principes du procédé GEAI sont innovants par bien des aspects, prolongeant la trajectoire de la construction industrialisé de manière convaincante, les appartements que cet ensemble sont par bien des aspects révolutionnaires pour des logements « HLM ».

‍Le positionnement de ces habitations a été de proposer un logement innovant, présentant un confort inédit pour des appartements HLM et offrant des prestations avant-gardistes.

‍Dès le début des travaux, l’OPHLM a décidé d’offrir l’accès à ces logements selon des critères socio-économiques précis. Un choix « sociologique » effectué bien an amont en visant la nouvelle classe moyenne issue du boom démographique et de la croissance économique de la France des années 60.

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‍Des ménages dont le niveau de revenus semblait appelé à augmenter dans les années à venir et dont le statut social semblait appelé à s'élever (jeunes ménages de classe moyenne ; relativement peu d'ouvriers et de familles nombreuses ; enseignants, étudiants ; techniciens du bâtiment).  Ce choix s’est avéré pertinent pour plusieurs raisons:

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‍Tout d’abord, il fallait s’assurer que les habitants acceptent les choix radicaux portés par une architecture aussi avant-gardiste et, de facto, ses inconvénients (impossibilité de poser du papier-peint ou d’appliquer des rideaux ou autres peintures sur les cloisons).  Il est à noter qu’à cette époque l’architecture « dedans/dehors », c’est-à-dire articulée autour d’une structure fine et de longues surfaces vitrées, ne séduisait pas la majorité des habitants en raison du sentiment de fragilité que cette habitation procurait. 

‍Dans le cadre des programmes des grands ensembles (tels que celui de Nanterre), le béton brut était en effet largement plébiscité.  Ce fut d’ailleurs cette option qui fut retenue pour la zone des Sapins et du Châtelet sur les Hauts de Rouen. 

‍Se retrouvent donc dans ces années soixante et dix, des couples jeunes en fin d’études et/ou en début de carrière: enseignants, travailleurs de la SNCF, ouvriers de chez Renault, infirmiers, policiers, fonctionnaires du Trésor voire professions libérales et salariés du privé. Il existe un vrai mélange de la population bien que sa sociologie restât homogène.

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‍Le « Centre de Recherche sur les problèmes d’Architecture et d’Urbanisme » (CRAU) est venu interroger en 1973 les habitants de la Grand’Mare. Les résultats publiés dans un rapport intitulé « Les réactions des usagers à un habitat novateur » montre une forte proportion de CSP et CSP+

6%

15%

60%

19%

De fait, il était difficile d’offrir l’accès à des logements de type F4 et F5 sur les hauteurs de Rouen, éloignés des lieux de travail de Rouen, à des familles modestes, ce qui impliquait de posséder un à plusieurs véhicules alors que le taux d’équipement automobile dans les années 60 restait bas. À cette époque, les lignes 5 et 6 avaient été prolongés jusqu’à la Grand’Mare mais cette solution indirecte (et donc non rationalisée) impliquait un trajet de près d’une heure jusqu’au centre de Rouen.


Enfin, le retard considérable du ou plutôt des chantiers de la Grand’Mare impliquait la mise en place de XXXXXX pour les habitants. Très tôt une solidarité de fait s’installât parmi les locataires. Il fallait en effet palier aux problèmes de gardes d’enfants mais surtout de transports. Il faudra attendre le mois de mars 1971  pour que la ligne 15 soit créée afin de desservir directement les Hauts-de-Rouen (du Châtelet et des Sapins jusqu’à la Grand’Mare). Cette solidarité passera par la constitution d’associations.


Mais les difficultés restent patentes. Des questions demeurent quant à l’achèvement des travaux  comme en le numéro de « Paris Normandie » du 9 Janvier 1971: 

« II avait été promis d’aménager le terrain entre les tours et I’entree de la hêtraie afin d’en faire une aire de jeux provisoire destinée aux enfants. Qu’est devenu ce projet ? Les installations sportives de plein air du CES de la rue Jean-Philippe Rameau seront-elles ouvertes au public ? quel est I’avenir du centre aéré ?

Enfin, de profondes modifications sont réclamées en ce qui concerne le trajet de I’autobus 15: changement de terminus a La Grand-Mare; circuit par la route de La Grand-Mare et la route de Darnetal; terminus en ville reporte rue Jeanne d’Arc pour les habitants qui veulent se rendre sur la rive gauche; meilleures indications pour savoir quels 15 s’arrêtent aux Sapins et lesquels vont jusqu’a La Grand-Mare »


LA COMMUNE LIBRE

Dès le 9 janvier 1967, l’association « Commune Libre » est créée. Evidemment inspirée par la Commune libre de Montmartre (créée en 1921), son fondateur M. Vallier chercha à insuffler un esprit de village au sein de ce nouveau quartier.  Mais, bien vite, il fallu résoudre des problèmes pratiques.

À cette époque seuls les pavillons issus de la première tranche de travaux étaient achevés (et encore, tous n’étaient pas habités). Ces quelques habitants, cernés par des chantiers de part et d’autre du plateau de la Grand’Mare s’apparentèrent à des « naufragés » (qualificatif qu’ils s’accaparèrent). Il fallait en effet répondre notamment aux problèmes de transport devant le manque de lignes de bus.


Au-delà des aspects pratiques, l’association chercha également à proposer une offre culturelle en attendant la construction du centre culturel André Malraux. Une bibliothèque fut alors créée grâce aux dons des habitants. Cette bibliothèque devint peu à peu un proto-centre culturel avec des réunions se rapprochant d’une sorte de « café littéraire » au sein duquel des problématiques politiques furent abordées.


D’autres associations, émanations informelles de « la commune libre », furent créées au fil des mois et des années telles que l’Association Culturelle et Sportive (ACS) au fur et à mesure que les espaces de jeux se sont ouvertes au pied des immeubles. Le Centre Nautique des Pélicans suivit en 1972. 


Cette association fut très active jusqu’en 1981. L’incendie du mois de mai 1981 qui vida les habitants des immeubles « Verre & Acier », premiers contributeurs de l’association, a mis fin de facto à l’activité principale de la structure.

LE COMITÉ DE COORDINATION


Devant le nombre conséquents d’associations, et de problèmes à résoudre un « Comité de Coordination » fut fondé le 22 mars 1971. Ce comité permis aux associations déjà présentes de se recentrer sur leurs activités premières (culturelles, festives, sportives …) afin de laisser les sujets structurels à ce comité.

Le sujet le plus prégnant consista précisément à la recension des défauts déjà nombreux apparaissant dans les immeubles « Verre et acier ».


Parmi les sujets portés par le Comité de coordination, figurent les difficultés techniques remontées à l’OPHLM de Rouen: 

Jean Louis Vaugarny (habitant de 1973 à 1986):

« J'ai beaucoup fréquenté le centre André Malraux, la bibliothèque, le solfège, les cours de guitare, le slot racing »

Témoignage recueilli pour le site « verre & acier », Mars 2021.

Encart d’information utilisé par le comité de coordination.

LE CENTRE CULTUREL


Le centre culturel André Malraux s’imposa très tôt comme le pilier de la vide quotidienne des Hauts-de-Rouen. D’abord pensé comme une émanation de la « commune libre », la mairie souhaitait à l’inverse que ce centre soit confié à un directeur nommé par la municipalité. François Paon devint ainsi le directeur fondateur du centre.

De nombreux bénévoles issus de la « commune libre » s’investirent dans la vie du centre dont les activités dépassèrent celles communément attribuées à ce type de structure.


Le centre culturel André Malraux vint donc rejoindre en 1976 les deux autres structures socio-culturelles de la Grand’Mare: la bibliothèque municipale et le comité de coordination en charge des animations. Le travail étroit entre ces trois pôles de la vie associative de la Grand’Mare se matérialisa par l’intégration des guichets du centre médico-social, des haltes garderie au sein du centre.

Les ateliers eurent un franc succès et notamment l’atelier théâtre dirigé par Elyette Fribourg.

Plan du centre culturel André Malraux en 1979. Cliquez sur les cases surlignées en jaune pour voir les photos

Annick FOURAY (habitante de 1970 à 1981):

« Ç’était un espace total de liberté et d’empathie créative! Chacun amenait son idée: la mienne « café, thé et chocolat » avec des femmes de toutes nationalités qui s’exprimaient en toute liberté.  »

Témoignage recueilli pour le site « verre & acier », Mars 2021.

LE CENTRE COMMERCIAL

Le centre commercial, à gauche de la photo (en 2010).

Le centre commercial en 1976.

Le centre commercial, avec la teinturerie sur la droite, en 1982.


Loin des préventions actuelles envers les grandes surfaces, celui de la Grand’Mare fut attendu avec impatience.  

Dans les faits; les habitants de la Grand’Mare se « ravitaillaient » essentiellement dans le quartier du Châtelet. « Ravitaillaient », car les accès étant encore compliqués, les habitants, une nouvelle fois, s’organisèrent avec l’appui du Comité de coordination afin d’organiser les courses dans une option communautaire. Des solutions de dépannage ont certes été mises en place comme ce « petit coop » en 1969, une petite épicerie près du collège Claude Debussy. Dans le même ordre d’idée, un marché d’une trentaine de producteur est inauguré le samedi 3 mars 1971 à l’angle des rues Veyssières et Jean-Philippe Rameau. Ce qui devait n’être qu’une solution provisoire devint pérenne lorsque celui sera déplacé sur la place de l’église Saint Claire (même si l’église elle-même ne fut achevée qu’en octobre 1972).

Photo du premier marché de la Grand’Mare le 3 mars 1971. Au fond, on distingue les immeuble Lods.

‍L’érection du centre commercial posait des difficultés en raison des hésitations des architectes quant à la distribution du plan central mais surtout en raison de la construction d’un parking souterrain qui passaient sous les immeubles avoisinants. Les urbanistes cherchaient à intégrer un parcours couvert entre les buildings pour privilégier les espaces piétons. Il fallait alors articuler les architectures des constructions d’habitations avec celles commerciales.

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‍Inauguration du centre commercial le 19 juin 1973.

Finalement, l’ouverture d’un supermarché « Maxicoop » le 11 mai 1972 permettra aux habitants de la Grand’Mare de se fournir plus aisément. 

Un certain nombre de commerçant s’installe alors autour de ce magasin tels que « Ifaprix » (épicerie de détail). Il fut un temps envisagé, appuyé par les associations et la majorité des habitants, de déplacer la « coop » au sein du centre commercial mais « Ifaprix » fut finalement choisi pour des raisons économiques évidentes. D’autres commerces comme des bar-tabacs, deux boucheries (dont une chevaline), trois guichets de banque, des magasins de vêtements et de chaussure s’installèrent.

Les habitants de la Grand’Mare aimaient à se retrouver le samedi midi à la cafétéria du centre qui connaissait alors un franc succès.

Annick FOURAY (habitante de 1970 à 1981):

« Le Coop, la cafétéria … il y avait tout sur place »

Témoignage recueilli pour le site « verre & acier », Mars 2021.

Plan original du centre commercial


Corollaire de l’enracinement des habitats au sein de leur environnement immédiat, les services médicaux s’installent massivement dans la zone de la Grand’Mare. Des cabinets médicaux (dentistes, infirmiers …), un laboratoire d’analyses médicales mais aussi d’autres commerces permettant une offre variée (auto-école, marchands de journaux …).

L’inauguration au milan des années 70 d’un bureau de poste dédié achèvera de faire de la Grand’Mare une ville à part entière.

Kiosque  près du centre commercial. Février 1976.


L’ÉGLISE SAINTE-CLAIRE


La décision de la construction de l'église Sainte-Claire a été prise par le Conseil Municipal de Rouen, les 15 décembre 1969 et 12 octobre 1970. Les églises de Rouen ayant payé un lourd tribut pendant la seconde guerre mondiale, il avait été décidé de s’appuyer sur les indemnisations de guerre versées à la ville de Rouen. 


L’archevêché de Rouen s’impliqua très tôt dans les choix architecturaux. Une consultation large fut effectuée auprès des habitants et des professionnels de l’urbanisme. Les associations, dont « la commune libre » ont été particulièrement actifs dans les choix d’aménagement de l’édifice.   Très tôt, dans le prolongement de l’ensemble architectural de la Grand’Mare, fut décidé de proposer une architecture résolument moderne.

La construction , sur les plans des architectes Alain et Guy Robine, associés à Herbert Baum fut achevée en octobre 1972 pour une inauguration au mois de novembre 1972.


Elle est construite en béton (dont les meubles) et présente un plan en éventail. Constituée d’une salle principale de 257 places et d’une chapelle de 39 places, elle dispose également de deux salles de réunion ainsi que d’une garderie. Elle a supplée pendant quelques années le manque de structures sociales  en organisant des réunions laïques, des cours de langues ou des spectacles de théâtre.

A gauche, le chantier de l’église en 1972. À droite, l’église photographiée en 1976 avec les Lods en arrière-plan.

LES ETABLISSEMENTS SCOLAIRES À LA GRAND’MARE

L’école Jean-Philippe Rameau dans les années 70. A droite, la classe de CE1 en 1972.

L’école maternelle Claude DEBUSSY

Il fut le premier établissement scolaire terminé en 1969. Les architectes avaient décidé très tôt d’utiliser l’espace libre pour proposer une école étalée de quatre classes de plain-pied


L’école maternelle Françoise DOLTO

L’école maternelle Camille CLAUDEL



Collège Jean GIRAUDOUX

Collège George BRAQUE


L’école Jean-Philippe RAMEAU





Autocollant promouvant le journal de la Grand’Mare en 1977.

« VIVRE À LA GRAND’MARE »


Preuve de la vitalité qui préside la vie sociale de la Grand’Mare, un journal trimestriel gratuit naît au mois de janvier 1974. Ce titre associatif, piloté par le Centre Social, propose sur 6 pages un calendrier des animations ou encore des témoignages de solidarité. Ce véritable journal (avec un comité éditorial), tiré à plus de 2 500 exemplaires prend le relais de la feuille publié dès la fin de 1968

À gauche: le premier numéro. À droite: l’exemplaire du mois de juin 1975 avec le programme du feu de la Saint-Jean.

LE FEU DE LA SAINT-JEAN


Dès 1968, soit dès les premiers habitants installés, la fête de la Saint-Jean fut célébrée à la Grand’Mare dans l’esprit de solidarité qui préside ce quartier. Très vite, l’établissement du bucher fut rejoint par des stands de nourriture, des jeux ou encore des spectacles vivants. Ces fêtes de la Saint-Jean se déroulaient sur l’espace de la Plaine de la Hêtraie et durait toute la journée. Elles attiraient également les autres quartiers de Rouen qui « montaient » à la Grand’Mare pour l’occasion!

‍« VIVRE À LA GRAND’MARE »

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‍Tous ces éléments concourent à ce qu’une qualité de vie naissent aux alentours des immeubles Lods. Au sein d’un environnement très boisé, agrémenté de nombreux points de rencontres (places, parc à jeux …) et adossé à une vie associative dynamique, un véritable « esprit Grand’Mare » naît et croît.

‍Entrée de la forêt de la Grand’Mare

‍Vue des Lods depuis la forêt de la Grand’Mare

Sources: Documentaire « Jeux de construction » (1971. À droite: archives personnelles de la famille FOURAY (1978).