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RECIT DE L’INCENDIE 1981


Au 23 Rue Jean-Philippe Rameau, le 5 mai 1981. Le « plot » numéro 4 composé de 20 appartements (dont 17 occupés ce jour-là) s’est endormi, quand le feu se déclare dans l’appartement 12, situé au premier étage. Ce logement abrite une famille de 4 personnes, les Bréard. Ce soir-là, François Bréard, infirmière libérale, participe à un dîner d’entreprise. Il est 1h45 lorsqu’elle rentre dans son appartement. Saisie par la fumée qui emplit l’appartement, elle appelle son mari, Marcel et des deux enfants Guillaume, 5 ans et Marie-Laure, 11 ans. Déjà cernée par les flammes provoquées par l’appel d’air de la porte d’entrée elle ne peut aller plus loin et seule sa fille se réveille et décide de suater par la fenêtre. 


Alerté par les bruits, le locataire, célibataire, a également le temps de fuir par la fenêtre alors que les flammes attaquent déjà la cage d’escalier


À son tour, les cris alertent les occupants du troisième étage qui sont déjà cernés par des flamèches. 


Les secours alertés à 1h52 sont sur place en 6 minutes. Les vitres explosent sous l’effet de la chaleur créant une difficulté supplémentaire.Il apparaît rapidement que l’incendie se propage à une vitesse inédite. N’arrivant pas à maîtriser le sinistre, les pompiers appellent les autres casernes rouennaises en renfort.

Les pompiers du centre de Rouen (deux casernes) ainsi que ceux du centre de Grand-Quevilly partent en urgence. Quatre fourgons dont trois avec une grande échelle et 10 véhicules légers arrivant sur place à 2h15.  Les policiers de permanence arrivent entre temps afin de mettre en place un cordon de sécurité et de commencer à recenser les habitants présents. 




‍« Glissant dans la boue des pelouses piétinées, les locataires, imperméables jetés sur les pyjamas ou les chemises de nuit, tentent de se reconnaître, de retrouver les leurs. 

‍Tous ont fui au plus vite, en aveugles. tremblant sous on peignoir rose, une habitante du troisième:  « Je dormais. J’ai entendu crier. J’ai d’abord cru avec mon mari que c’étaient des gens qui se disputaient. Et puis le vacarme, la fumée … » 

‍« Paris-Normandie », Édition du 6 mai 1981

Le feu prend au premier étage, à l’est de l’immeuble. Très vite le feu a gagné en intensité et, alimenté par le vide du plancher, progresse vers le plafond, qui à son tour chauffe le treillis du plancher du deuxième étage et qui finira par prendre feu (même si la présence des plaques de vermiculite freinera quelque peu sa propagation). 


Le feu se propage également au même moment latéralement; du côté de l’escalier central en raison de l’appel d’air provoqué par le retour de Mme Bréard mais également vers les fenêtres extérieures par l’action du système de ventilation spécifique de cette habitation qui jouera un effet d’accélérateur.


De plus, le système d’aspiration et d’extraction de l’air produira un cercle vicieux en réintroduisant la fumée dans les différentes pièces de l’appartement et notamment dans les chambres.


Mais plus généralement, la vitesse de propagation viendra essentiellement des nombreux vides structurels de l’habitation qui ont créé un effet cheminée, c’est-à-dire un appel d’air vertical qui explique la progression rapide du feu. Plus inhabituel, le feu a également progressé par l’extérieur en remontant par la façade que l’absence d’avancée comme un balcon ou un déflecteur n’a pu empêcher. Les sapeurs-pompiers ont dû alors attaquer le feu sous plusieurs angles: en noyant la façade pour essayer de sauver les étages supérieurs mais également de l’intérieur pour éviter l’embrassement de l’escalier qui, de par sa conception, ne présente par de cloisonnement. 

Les échelles sont également déployées pour attaquer par le haut de l’immeuble et éviter que la structure métallique ne chauffe trop et subisse un affaissement. 


Un habitant du premier étage saute également par la fenêtre;  une maman enveloppe son bébé d’un an, loïs dans une couverture et un oreiller et le jette du deuxième étage vers un inconnu qui le rattrape. Une 

En face, l’école Jean-Philippe Rameau ouvre ses salles aux sinistrés et très vite la solidarité propre au quartier se met en ordre de marche. Des habitants des autres plots mais également d’autres quartiers apportent de la nourriture. Les personnes blessées, essentiellement en raison de traumatismes liés à une chute par les accès extérieurs sont évacuées au SAMU de Rouen..


L’absence d’éléments à combustion lente au sein des appartements permet au feu de s’éteindre progressivement, les deux premiers étages ne procurant plus de foyer d’alimentation du feu. Après une progression fulgurante, les pompiers reprennent la main sur le feu. L’absence de vent cette nuit là a prévenu une contagion aux autres immeubles. 

Les plateaux sont nus, aucune cloison n’a résisté. Les treillis des planchers/plafonds sont à nus, les gaines de cuivre carbonisées.


À 3h33, le lieutenant-colonel Louvet, « patron » des pompiers de Rouen et le lieutenant-colonel Hasselweiler, inspecteur départemental des services d’incendie, entourés de leurs officiers, passent le message suivant : « Sommes maîtres du feu. Poursuivons l'extinction sur les quatre niveaux ».



‍Animation représentant la propagation du feu

Annick FOURAY, habitante de la Grand’Mare, entre 1970 et Mai 1981;

« Les flammes ont léchés la cloison de ma chambre. Je ne dormais pas, je suis descendue avec mes deux enfants dans une fumée noire et épaisse; enfin, au bout de quatre étages, le salut. »


‍Les pompiers investissent alors les appartements à la recherche de corps. A 3h40, ils découvrent les corps carbonisés de Marcel Bréard, 34 ans et son fils Guillaume, 5 ans, retrouvés recroquevillés dans leurs lits respectifs. Selon toute vraisemblance, leurs morts sont dû à une asphyxie consécutives au dégagement de fumée.

‍Les Bréard ont habité cet immeuble depuis son inauguration en 1969. Marie-Laure, qui a été sérieusement blessée au dos, consécutivement à sa chute du premier étage, a été évacuée à l’hôpital.

‍Françoise Bréard, 35 ans, qui s’est réfugié dans une des voitures des pompiers, attend, hébétée, d’avoir des nouvelles de son mari et de son fils. 

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‍Alors que le préfet de région, Pierre Bolottefont, et son directeur de cabinet  assisté du procureur de la République font le point avec Jean Bérail, directeur départemental des polices urbaines et ses collaborateurs les plus proches, Françoise apprendra la terrible nouvelle à 3h45. 

‍À 5 h 30, une estafette blanche viendra chercher les deux corps.

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‍L’origine du feu est resté inconnu. Plusieurs hypothèses ont été avancées dont celle d’un court-circuit. La destruction complète de l’appartement n’a pas permis d’avoir une réponse définitive à cette question.

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‍Ce qui a étonné jusqu’aux sapeurs-pompiers eux-mêmes est que le feu n’est pas monté jusqu’au quatrième étage par la cage d’escalier elle-même - les panneaux d’aggloméré ne sont parfois qu’à peine noircis - mais par les cloisons intérieures. Celles-ci sont creuses formant des gaines d’une trentaine de centimètres de large ont a joué à plein le rôle de « bouches à feu ».  

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‍La progression des flammes est en sens significative : un appartement ravagé au premier étage, trois au second, quatre au troisième et cinq au quatrième … 

‍Cette progression en pyramide inversé est la preuve du rôle prépondérant de ce problème structurel qui fut relevé lors des incendies de 1973 et de 1975.

‍Le dégagement de fumée a été particulièrement massif. Le système de chauffage a joué un rôle non négligeable dans la propagation de celle-ci, charriant de la suie et des particules brulantes qui se sont fixés sur les différents éléments de l’immeuble.

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« Il fait presque jour, les lances de pompiers se sont éteintes, et que l’on n’entend plus que le ruissellement des tonnes d’eau qui ont été déversées durant des heures sur les décombres fumants. Pas encore, la fin de l’horreur, bien sûr, pour Françoise Bréard, seule aujourd’hui avec sa fille Marie-Laure. Pas tout à fait la fin du drame, non plus, pour quelques dizaines de sinistrés qui auront bien du mal à oublier, bien du mal à recommencer … »

« Paris-Normandie », Édition du 6 mai 1981

Images de FR3 Normandie tournées le 6 mai.

‍Si treize appartements ont été touchés, voir ravagés, par le feu, trois autres appartements sont devenus inutilisable en raison des dégagements de chaleur qui ont dégradé les matériaux. Les dégâts issus de la quantité d’eau que le bâtiment a absorbé et l’énorme dégradation du réseau électrique rende de facto l’immeuble de 20 logements inhabitable: le « verre & acier » est réduit à l’état de carcasse. 

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LE TEMPS DES POLÉMIQUES


La presse régionale avait alerté dès 1975 sur la fragilité au feu des « verre et acier ». Ce nouvel incendie, dramatique, relance la polémique, il s’agit dès lors de désigner des coupables. Dès le 6 mai, alors que des locataires sont autorisés à prendre quelques affaires à midi, une réunion se tient à l'école Jean-Philippe Rameau. Les différents acteurs du projet Lods sont mis sur la sellette. La polémique enfle et prend une dimension nationale comme le montre le journal télévisé de 20h d’Antenne 2:

Journal télévisé de 20h du 7 mai 1981, Antenne 2

Cécile ANNET, habitante de la Grand’Mare, au 11 pui au 22 Rue Jean-Philippe Rameau entre 1969 et Juillet 1981;

« Je me souviens des camarades qui ont vécu dans l'immeuble et notamment des Breard qui sont décédés. Cette nuit là, je n'ai pas dormi,  ce sont des souvenirs douloureux et ma mère est allée aidée à l'école Rameau pour accueillir les sinistrés »