L’innovation portée par des immeubles radicalement nouveaux, la conscience de participer à une expérience de peuplement d’une zone alors inexistante, l’idée de créer une communauté d’esprit au sein d’un groupe culturellement et socialement homogène créèrent un esprit afinitaire particulier à la Grand’Mare. Sans doute renforcée par le constat de sa situation actuelle, épitomé de toutes les difficultés urbaines, le souvenir de cette époque marqua durablement la mémoire des habitants des hauts de Rouen.
Les « verre et acier » sont désormais à terre. La Grand’Mare a rejoint la cohorte des « quartiers sensibles », percutée par les problèmes sociologiques propres à notre époque.
Les fonds d’archives ont également subis les outrages du temps. Pour ne parler que des structures responsables de la Grand’Mare et de Caucriauville, la Société d’aménagement de la région de Rouen et celle de la région du Havre n’auront pas légué leurs documents à la postérité, soit par accident ou par désintérêt. La zone de la Grand’Mare, comme l’ensemble des grands ensembles doivent s’hbaituer de ne pas avoir d’histoire tout court. Les témoins disparaissant peu à peu, il sera de plus en plus difficile de rendre compte de ce que fut cette époque: la rencontre unique entre un projet de vie et une état d’esprit. Tempus fugit …
Sabine Dupuy, auteur de l’étude « Contre les démolitions, la patrimonialisation d’un savoir-habitant ? »:
« La Grand’Mare conjugue la signature d’un architecte de renom à une histoire militante portée par des habitants dotés d’un certain capital culturel et social. Même si ces habitants-là ne sont plus qu’un souvenir, certes valorisé dans la mémoire des anciens voisins qui sont eux demeurés dans ces immeubles, la démolition des immeubles « verre et acier » a sans doute contribué à entériner la fin d’une époque, elle aussi glorieuse, née un 22 mars 1971. Elle rassemblait sous le label d’une Commune Libre, des militants tant propriétaires de pavillons que locataires de logements sociaux collectifs, ferments d’une mixité sociale mise à mal par la paupérisation grandissante des nouveaux arrivés dans les immeubles d’habitat social »
Emmanuel BRICHET, habitant de la Grand’Mare entre juin 1972 et septembre 1987:
« (J’en garde) le souvenir d'une enfance heureuse, entouré d'amis, dans un quartier très agréable a vivre »
Olivier GALLIQUE, habitant de la Grand’Mare entre 1970 et 1980 :
« La liberté, les copains, beaucoup de bonheur »
Jean Louis VAUGARNY, habitant de la
Grand’Mare entre 1973 et 1986:
« (C’était) une enfance heureuse ,on pouvait partir des heures de chez soi sans inquiéter nos parents »
Un(e) habitant(e) de la Grand'Mare entre 1968 et 1992:
« Une période de ma vie agréable, ma jeunesse, sans problèmes avec déjà un mélange de culture mais sans animosité »
Un(e) habitant(e) de la Grand'Mare entre 1973 et 1995:
« Une enfance merveilleuse et insouciante »
Annick FOURAY, habitante de la
Grand’Mare entre 1970 et 1981 :
« Une vie en commun, une entraide incroyable et une école Freynet exceptionnelle où les gosses tutoyaient la Directrice! » »
Cécile ANNET, habitante de la Grand’Mare, entre 1969 et Juillet 1981:
« (Ce furent) Les meilleures années de ma vie, insouciance dans un quartier animé, où la vie était conviviale, communautaire presque, fraternelle. Des enfants heureux dans un quartier où la prairie, le bois et les parcs de jeux permettaient à tous de respirer la vie pleinement et joyeusement. Je n'ai pas connu la violence ni le racisme dans ce quartier, c'était un quartier de Rouen épargné par les problèmes de la ville »
Eric CULLERON, habitant de la
Grand’Mare entre 1972 et 1987:
« (J’en garde) de très bons souvenirs: cabanes
dans la forêt, la nature partout, la foret »
Véronique POUSSET, habitante de la
Grand’Mare entre 1974 et 1987 :
« Je garde un souvenir très tendre de mon séjour
à la Grand’Mare , les années de l’enfance! »
Annick DION, habitante de la
Grand’Mare entre 1972 et 1978 :
« C'était un beau quartier, très
bien fréquenté à l'époque »