Avec l’amélioration des techniques de construction et l’apport de nouveaux matériaux, de nouvelles approches architecturales apparaissent.
Le gain d’espace utile, les apports de lumière et la modularité permet désormais d’envisager des immeubles estompant la limite intérieur/extérieur.
Les Lods sont résolument ouverts. En limitant au maximum les cloisons de séparations, Lods reprend de facto à son compte les préceptes de construction d’un immeuble « dedans/dehors ».
L’ensemble de l’immeuble est ainsi articulé autour d’un escalier central, éclairé naturellement par ce qu’on appellerait actuellement un puit de lumière mais qui s’apparent bien plus à une simple trappe de désenfumage! Ce dernier distribue l’ensemble des quatre paliers qui constituent chacun un plateau par étage. Chaque palier représente une coursive tournant autour de l’escalier
Chaque immeuble est constituée d’un rez-de-chaussée classique donnant directement sur les premières marches situées en face de l’entrée.
À gauche, le local poubelle à l’aplomb des cuisines, toutes équipées d’un vide-ordure. À droite, le local technique qui abrite l’ensemble des gaines de chauffage et les transformateurs électriques. Il est à noter que l’entrée ne présente aucun vestibule ni de porte rabattable (via un groom) alors que c’était devenu un standard dans les constructions sociales dans les années 70.
Aucune cave ne complète l’immeuble.
Cet escalier ouvert dessert les étages qui sont organisé sur un mode standardisé. Chaque étage propose 5 appartements par niveau:. La répartition, au sein des 25 plots, sera de quatre-vingt huit F5 de 98m2 , trois cent douze F4 de 79m2 et cent F3 de 59m2
Il est à noter que sur les premiers ébauches du projet « GEAI », mais également lors de la construction du prototype d’Aubervilliers, l’optimisation de l’espace avait été privilégiée. Dans le cadre du projet à la Grand’Mare, le nombre de logement fut limité par la volonté de proposer des appartements spacieux à l’ensemble des locataires
À gauche: disposition de la Grand’Mare. Ci-dessus: photo prise à partir du troisième étage.
Quelques caractéristiques des Lods:
Aucune pièce borne à l’exception de la salle de bain
Le local poubelles est à l’aplomb
des colonnes de vide-ordures
Illustration de Martin ETIENNE (« Les “Lods” à Rouen, la guerre du feu », Criticat, numéro 19 (2017)).
L’ensemble du bâtiment repose
sur de fins potelets de béton
Vue des plateaux et des étages pendant le chantier en 1970.
De larges baies vitrées composée de quatre ventaux
L’air des pièces humides (dont la cuisine) est aspiré pour être recyclé puis distribué dans le reste de l’appartement.
L’escalier est décloisonné, dessert tous les appartements et propose un « puit de lumière » pour l’ensemble des étages.
Malgré des qualités uniques, cette structure présentera très tôt de nombreuses faiblesses:
Les immeubles Lods photographiés en 1971 depuis une des tours de la rue Berlioz.
Les problèmes de l’immeuble s’aggravèrent avec le temps. L’étanchéité du bâtiment fut particulièrement préoccupant. En 1977, l’office HLM engagea des poursuites contre le cabinet LBD et nommément contre l’architecte Henry Beauclair en charge de l’isolation des structures .
Le 19 juillet 1977, le tribunal administratif de Rouen condamne donc l’architecte à verser à l’office HLM un million de francs à titre provisionnel « en réparation des désordres survenus dans les panneaux pleins des logements du groupe immobilier de la zone à urbaniser en priorité de la Grand’Mare après les avoir déclarés seuls responsables de ces désordres ».
Les architectes contesteront ces conclusions et feront appel de cette décision considérant que ces infiltrations proviennent d’un mauvais entretien des « verre & acier » incombant à l’office HLM.
Ce contentieux remontera jusqu’au conseil d’Etat qui, dans son avis du 14 décembre 1981, exonérera les architectes et l’office HLM de toutes responsabilités. Ce seront les fournisseurs des panneaux (dont la société Cegedur) qui seront donc condamnés à verser 150 000 Francs à l’office HLM de Rouen, considérant que :
« les infiltrations d'eau dont il s'agit n'ont pas leur origine dans la mauvaise exécution ou l'entretient défectueux, a la charge de l'office public d'h.l.m. , des joints d’étanchéité entre les panneaux mais dans les caractéristiques mêmes de ces panneaux, d'ailleurs différentes de celles des panneaux soumis aux essais et contrôles techniques et comportant un profile d'aluminium formant rejet d'eau dont la conception était défectueuse ; que si l'expert m. a... a également relevé un défaut dans la pose des sabots d'angles, formant contre-pente, et un défaut d’horizontalité de certains éléments métalliques servant de support aux panneaux, il résulte de l'instruction que des infiltrations s’étaient aussi produites à des endroits ou ces derniers étaient correctement juxtaposes. que les architectes qui avaient mis au point le procédé expérimental de construction étaient responsable des caractéristiques des panneaux livres sur le chantier qu'ils pouvaient refuser comme non conformes, des conditions dans lesquelles ils devaient être entreposés sur le chantier,
a l'abri des intempéries ce qui n'a pas été le cas ainsi que de la surveillance des entreprises chargées de fixer les éléments de la charpente métallique; que la circonstance qu'en acceptant un procédé expérimental de construction l'office aurait pris un risque n'est pas de nature a atténuer la responsabilité décennale des architectes ; que, par suite, mm. b..., z... et y... ne sont pas fondés à soutenir que c'est a tort que, par le jugement attaque, le tribunal administratif de Rouen les a déclarés seuls responsables de l'ensemble du préjudice invoque par l'office public d'h.l.m. de la ville de Rouen ».
Le conseil d’Etat considéra dans ce même avis que ces problèmes « eu égard a leur importance, sont de nature a rendre ces immeubles impropres a leur destination nonobstant la circonstance qu'ils n'ont pas cesse d'être occupes et a permettre, par suite, a l'office public d'habitation a loyer modéré de la ville de Rouen, qui ne pouvait y remédier par de simples travaux de reprise, de mettre en oeuvre la garantie décennale des constructeurs »
Un exemple de dalles abîmées dès 1975
Plan du plot 17, dans sa configuration « îlot », c’est-à-dire relié aux plots 16 et 18.