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La Grand’Mare à la fin des années 50.


Jean Lecanuet, Maire de Rouen:

« Quand ce secteur sera terminé, il y aura sur les plateaux Nord rouennais, l’équivalent d’une ville de l’importance de Dieppe. Et, la Grand-Mare, 

avec ses équipements sportifs, ses espaces verts aménagés, sera, sans aucun doute, un des quartiers les plus agréables de Rouen »


La Grand-Mare est l’un des quartiers des Hauts de Rouen (son rattachement à la zone dite des « Hauts de Rouen » date des années 80). Cette zone qui domine la ville est particulièrement boisée. Principalement constitué de végétation et traversé de prairies jusqu’à la fin des années 60, ce quartier quasi-rural fut très peu habité jusqu’à la fin des années 50.

A la sortie de l’après-guerre, son urbanisation démarra lentement grâce notamment à l’aménagement d’une esplanade centrale qui sera baptisée « Esplanade André Malraux ». Autour de celle-ci, une dizaine de commerçants décida de s’installer. Mécaniquement, alors que le centre de Rouen se relevait difficilement de ses décombres, cette zone attira de plus en plus de Rouennais.  Assez naturellement, en vue de répondre au besoin de logement, la municipalité de Rouen pensé à investir la Grand’Mare en vue de créer ex-nihilo une nouvelle zone urbaine. Autre temps, autres moeurs: cette décision ne fut pas prise suite à de nombreuses études exploratoires mais seulement sur la foi de quelques experts enthousiastes!



François Parfait, ingénieur des Ponts et chaussées à Rouen:

« Je, au singulier, me suis réuni avec Monsieur Fontaine, chef du service Urbanisme – on était deux – pour savoir où on allait mettre les vingt-mille logements dont l’agglomération de Rouen avait besoin. On a choisi quatre ou cinq opérations. Il fallait mettre quelque chose sur Rouen, et c’était la Grand’Mare » 

« L’urbanisation en Basse-Seine : regards sur la conception et l'évolution des grands ensembles et de la ville nouvelle du Vaudreuil », Frédéric Saunier, dans Histoire urbaine 2006/3 (n° 17),


Le 7 décembre 1959, le conseil municipal charge la nouvelle « Société d’Aménagement de la Région de Rouen » (SARR) de présenter un projet d’urbanisation. Ce projet en main, le maire de Rouen, Jean Lecanuet, se charge d’obtenir du gouvernement un classement de la Grand’Mare en « Zone urbaine Prioritaire » (ZUP) par le Ministère de la construction dès le 12 janvier suivant. 

Cette désignation permet alors à la municipalité rouennaise de mandater la SARR afin de mettre en place une mission d’urbanisation de la zone de la Grand’Mare.

La ferme de la Grand’Mare avant son rachat (janvier 1955).


Dans cette optique, la SARR pré-empte la vente de la ferme de la Grand’Mare (propriété alors de M. Fessard) et l’acquiert le 31 décembre 1960. Cette opération permet de récupérer une vaste zone à l’est. Après trois ans d’atermoiements, au cours desquelles un nombre incalculable de projet fut envisagé, la SARR présente enfin au maire de Rouen le projet intitulé « zone D2 ». 

Ce sera un projet ambitieux, synthétisant les différentes pistes abordées en structurant la Grand’Mare sur quatre axes:



Une fois ce projet accepté, la municipalité décide le 30 septembre 1963 de mettre en place une concession avec la SARR afin d’urbaniser entièrement d’ci 10 ans la « ZUP de la Grand’Mare ».

À gauche: la route de la Grand’Mare avant aménagement (1964). A droite, en cours de construction (1965) Au fond, les Châteaux d'eau du Châtelet.


Mais il faudra attendre encore trois ans avant que le projet ne démarrât réellement. Il fut en effet d’abord nécessaire de mettre en place les accès permettant de relier cette zone à la ville de Rouen. 

Le 14 décembre 1964, le conseil municipal décida la construction de ce qui sera surnommé la route de la Grand’Mare. 

En 1965, la ville acquiert les différentes parcelles nécessaires pour construire ces trois kilomètres de voie rapide. Mais là également ce chantier accusera un retard certain. SI au mois d’août 1965, la route aurait dû être ouverte, la volonté de respecter le tracé forestier retardera sa mise en service. Ce n’est finalement qu’en 1966 que le premier tronçon est ouvert.

Extrait du dossier de présentation du chantier de la route de la Grand’Mare.


De fait, les travaux d’aménagement de la nouvelle ville de la Grand’Mare pâtissent des retards d’aménagement des accès. Afin d’accélérer le futur chantier, la ville demanda le 25 janvier 1965 une subvention supplémentaire au « Fonds de développement économique et social ». Mais il faudra attendre la création de la « Société Anonyme Immobilière d’Économie Mixte » (SAIEM) en 1966 pour obtenir le coup d’envoi de la construction.


La feuille de route a entre-temps été revalorisée à la hausse pour répondre au boom démographique. C’est ainsi que 1235 logements devront être construits, tous en catégorie « Immeubles à Loyer modéré » (ILM). Ce chantier sera divisé en trois tranches distinctes:


Le plateau de la Grand’Mare en 1967.


L’ampleur des travaux d’aménagement amena les nouveaux habitants à investir leurs logements alors même que les infrastructures accusaient un retard considérable Ces difficultés créèrent une solidarité de fait entre les différents habitants. Cet esprit d’entre-aide permit de faire face aux manques d’équipements tels que des commerces d’alimentation, des crèches ou encore ded lignes de transport dédiées. Ils ne sont alors qu’environ 750 et se surnomment eux-mêmes les « Robinsons » !

Circulation à la Grand’Mare pendant les travaux. 


Le 13 Septembre 1967 La ville de Rouen obtient le permis de construire pour cinq cents logements supplémentaires à la Grand’Mare. Au mois de décembre de cette même année débute la construction de ce que l’on appellera d’abord les « fer et acier » (futurs « verre et acier »). Le cabinet LDB (composé des architectes Lods, Depondt et Beauclair).

Les Lods, marqué par le drapeau sur cette vue de la Grand’Mare


Le chantier ne sera définitivement achevé qu’ avec l’édification de la dernière tour « la dominante » en Avril 1976.